Les riches monarchies pétrolières du Golfe doivent injecter rapidement
des dizaines de milliards de dollars dans les économies des pays du
Printemps arabe pour contenir l'agitation violente et endiguer les
risques sur leur propre sécurité, selon des experts.
"Nous avons besoin d'un Plan Marshall panarabe de développement, financé
par de riches pays arabes" du Golfe, a déclaré Ibrahim Dabdoub,
vice-président de l'International Bank of Qatar, lors d'une conférence
organisée à Manama par l'Institut international d'études stratégiques
(IISS), qui a clos ses travaux lundi soir.
Le Plan Marshall est un programme de grande envergure qui avait été
lancé par les Etats-Unis pour la reconstruction de l'Europe après la
Seconde guerre mondiale. La Tunisie, l'Egypte, la Libye, la Syrie, le
Yémen et Bahreïn ont connu une série de révoltes depuis 2011.
Durant la conférence de deux jours à Manama, intitulée "opportunités
d'affaires et risques politiques dans le Golfe et au Moyen-Orient", des
intervenants ont mis en garde les monarchies du Golfe contre les risques
élevés qu'elles encourent pour leur propre sécurité en raison des
retombées du Printemps arabe.
"Au moins 100 milliards de dollars sont nécessaires immédiatement pour
financer des programmes de développement bien encadrés pour les cinq
prochaines années afin de contenir l'agitation arabe", a expliqué à
l'AFP M. Dabdoub.
Les fonds nécessaires pour ce plan pourraient être plus élevés, mais ils
devront être dépensés sous un strict contrôle afin de prévenir les abus
et la corruption, a-t-il ajouté.
Des
centaines de milliers de personnes ont été tuées, en majorité en Syrie,
au cours des trois dernières années lors de violentes répressions de
manifestations populaires réclamant des réformes démocratiques et
économiques.
Dans la foulée des premiers troubles dans le monde arabe, les monarchies
du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont alloué en mars 2011 à
Bahreïn et à Oman une assistance de 10 milliards de dollars chacun pour
les aider à répondre aux revendications de leurs populations.
Elles ont promis aussi des milliards de dollars d'aide à la Jordanie et
au Maroc, les deux autres monarchies arabes non membres du CCG, mais
aussi au Yémen, pays très pauvre de la Péninsule arabique qui reste le
théâtre de graves troubles.
L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït ont fourni 20
milliards de dollars d'aide urgente à l'Egypte après le renversement par
l'armée du président Mohamed Morsi il y a un an et le déclenchement
d'une répression féroce contre les Frères musulmans.
Selon Emile Hokayem, analyste à l'IISS, depuis le Printemps arabe, les
pays du Golfe, en particulier le royaume saoudien, s'impliquent de plus
en plus dans les affaires politiques régionales, alors qu'on assiste à
un "affaiblissement de l'ordre régional".
Cependant,
a-t-il ajouté, "être plus actif veut dire prendre plus de risques" pour
sa propre stabilité. "Avant les révoltes arabes, les Etats du Golfe
étaient très stables".
Pendant la conférence, plusieurs intervenants ont déclaré douter de la
capacité des monarchies pétrolières à financer un plan d'aide à long
terme en faveur de pays arabes en difficulté, en raison de dépenses
intérieures en augmentation.
Après le Printemps arabe, on a assisté dans certains pays du Golfe à des
hausses de salaires et à une amélioration des prestations sociales pour
calmer les populations, a rappelé l'économiste Alia Moubayed.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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