Casquées, bottées, portant matraques et boucliers, une colonne de
policières exécutent au doigt et à l’oeil les ordres de leurs
instructeurs, hommes et femmes. La police anti-émeute palestinienne se
féminise, en réaction au conservatisme de la société.
Au cours de cet exercice conduit dans l’Ecole de police de Jéricho, dans
l’est de la Cisjordanie, avec la participation de membres de la police
anti-émeute, les élèves policières essuient des jets de pierres avant
d’appréhender plusieurs fauteurs de troubles.
"L’entraînement est commun, il n’y a aucune différence dans la formation
entre hommes et femmes en ce qui concerne les compétences de combat, de
fouille de véhicules ou de maisons. Le maintien de l’ordre n’est pas
réservé aux hommes", affirme à l’AFP une des monitrices, la lieutenante
Naama Chalalfat, 39 ans.
Les policières, qui s’entraînent en salle et à l’extérieur,
appartiennent à l’unité féminine anti-émeute qui comptera 220 membres,
déployées dans les différents gouvernorats de Cisjordanie.
"L’idée de la formation de cette unité remonte à 2009, quand une
manifestation de femmes dans les rues de Al-Khalil/Hébron (sud de la Cisjordanie) a
dégénéré en actes de vandalisme sans que les membres de la police
puissent intervenir puisque nous vivons dans une société conservatrice",
explique le colonel Ramadan Awad, directeur-adjoint de la police en
Cisjordanie.
Dans les territoires palestiniens, les policiers ont le droit,
théoriquement, d’arrêter ou de se livrer à des fouilles corporelles sur
des femmes mais cela se fait rarement car le fait qu’un homme touche une
femme qui ne soit pas de sa famille est mal vu par la société. Elles
sont donc convoquées au commissariat pour y être interrogées par une
femme.
Le lieutenant Oussama Aouda, 28 ans, indique "entraîner des policiers
des deux sexes aux arts martiaux et à l’autodéfense avant de passer au
maintien de l’ordre", précisant qu’avec ses trois collègues, deux femmes
et un homme, ils forment chaque année 500 recrues.
"Ma principale motivation pour entrer dans la police après le lycée a
été de servir la patrie et d’obtenir un emploi jusqu’alors réservé aux
hommes", confie Rachida Brahma, 22 ans, qui vient de simuler la
neutralisation d’un assaillant armé.
La police palestinienne compte environ 3% de femmes, sur un effectif total de 8.000.
Mais la féminisation se développe dans plusieurs services de sécurité palestiniens.
Un groupe de 23 femmes a achevé cette semaine en Jordanie sa formation
pour intégrer la Garde présidentielle palestinienne, avec pour mission
d’assurer la protection des personnalités et de conduire des opérations
spéciales.
Malgré ces signes de progrès, le taux de participation des femmes à la
population active palestinienne reste très bas, à 17,3%, contre 69,3%
pour les hommes, selon les données publiées par le Bureau central des
statistiques palestiniennes à l’occasion de la Journée internationale de
la femme samedi.
La situation est sensiblement plus équilibrée dans le secteur public,
qui comptait en 2012 une proportion de 40,6% de femmes, pour 59,4%
d’hommes, selon la même source.
L’année 2013 a en outre été marquée par une grave recrudescence des
meurtres de Palestiniennes, avec un total de 27 (15 en Cisjordanie et 12
dans la bande de Gaza) contre 13 en 2012, souligne le Bureau des
statistiques, citant une organisation d’aide aux femmes. Parmi elles,
certaines sont victimes de crimes dits "d’honneur" commis par des
membres de leur propre famille.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire