Depuis soixante
ans, et plus précisément à partir du mois de mars 1947, et quel que soit le
parti au pouvoir, la politique extérieure des USA se caractérise par la mise en
œuvre de la doctrine préconisée par Harry Truman, président étasunien bien
connu pour son anti communisme primitif et ses tentatives visant à diriger la
planète et à mettre la main sur les richesses qu’elle recèle.
En effet,
« la doctrine de Truman », basée soi-disant sur « la défense du
monde libre et des droits des peuples », fut mise au point à la fin de la
seconde guerre mondiale dans le but précis de barrer la route au communisme
triomphant, mais aussi de mettre à la tête des Etats nouvellement libérés des
dictatures inféodées complètement au capitalisme afin d’empêcher les peuples
des anciennes colonies d’accéder à l’autodétermination et aux changements
sociaux qu’ils revendiquaient. D’où la prétendue « aide » dispensée
par Washington, depuis de longues décennies, peut se résumer en une succession
d’interventions économiques et militaires, directes ou indirectes, dans les
affaires intérieures des pays libres et souverains. La politique du bâton et de
la carotte, comme on dit communément, à commencer par le « Plan
Marshal », en juin 1947, suivi par de nombreux coups d’Etat militaires
mais, surtout, par la création, en 1949, de l’OTAN dont les bases sont actuellement
disséminées dans le monde entier.
Que pouvons –
nous dire de l’actuelle politique de Washington vis-à-vis du Monde arabe,
surtout à la suite des développements très dangereux dont l’Irak fut
l’arène ? Comment évaluerons-nous la part de responsabilité de l’administration
de Barak Obama dans la fulgurante ascension de « L’Etat islamique en Irak
et en Syrie », de sa mainmise sur la région de Mossoul et de son intention
à créer un Califat sunnite qui s’étendrait sur la moitié de la Syrie et
une grande partie du Liban allant des collines de Ersal au Akkar et à la région
de Tripoli ? A-t-elle laissé faire certains de ses alliés arabes et
régionaux dont on dit qu’ils ne se sont pas contentés de financer ce mouvement
terroriste, mais qu’ils lui ont facilité la tâche, en lui procurant, à travers
la Turquie et d’autres pays du Golfe arabique, toute l’assistance en hommes et en armes dont il
avait besoin pour faire régner sa loi ?
Des
informations – dont certains « ouï-dire » diplomatiques – se
répandent sur le fait que d’influents responsables œuvrant dans de grandes
sociétés pétrolières et sur le marché d’armes aux Etats-Unis ont un rôle
certain dans la création de l’organisation « Etat Islamique en Irak et en
Syrie » (EISIS ). Le but serait de reproduire l’expérience des
« Moudjahidines » afghans des années quatre-vingts du XXème siècle (ceux-là
mêmes qui ont formé un peu plus tard l’organisation « AL Qaeda ») et
des « Talibans », à savoir : empêcher le changement démocratique
des sociétés arabes et, surtout, dévoyer la lutte de classe, exprimée par le
slogan « Le peuple veut la chute des régimes », en la transformant en
une lutte confessionnelle, tribale et ethnique.
En effet, le
« Projet du Nouveau Moyen Orient » - qu’il fût « grand » ou
« élargi » - est un projet visant à intégrer le courant islamiste,
les « Frères musulmans » notamment, dans la vie politique du Monde
arabe et, ce, afin de remplacer des régimes militaires, prétendument laïques,
et qui ont fait leur temps dans la répression de leurs peuples. Tel était le
cas en Turquie et dans d’autres pays moyen orientaux, et tel est le cas dans
plus d’un pays arabe sous prétexte qu’une nouvelle génération d’islamistes est
en train de naitre, une génération qui tiendrait un discours différent, surtout
en ce qui concerne les droits à la citoyenneté. Cette image concerne aussi la
Palestine occupée où Washington est devenu prêt à adhérer à la transformation
d’Israël en l’Etat des Juifs dans le monde, ce qui permettra à cet Etat de
chercher des colons « juifs » de tous les pays afin d’empêcher pour
toujours le droit au retour du peuple palestinien sur la terre de ses ancêtres
et, peut-être, de déraciner les Palestiniens présents dans les trottoirs
de 1948.
Une
purification ethno-religieuse !!!
Et, si
certaines positions étasuniennes peuvent paraitre quelque peu ambigües, surtout
en ce qui concerne l’appel à la lutte contre les positions d’EISIS au nord de
l’Irak ou en Syrie, ou encore la permission donnée à l’Arabie saoudite de
tempérer avec l’Iran et les Houthites du Yémen, il faut dire que cette
ambiguïté ne fait pas long feu, surtout si nous nous rappelons que la division
de l’Irak en trois wilayat est un projet purement étasunien ; d’ailleurs
les troupes d’EISIS ne furent bombardées qu’après avoir débordé les limites, ou
les frontières, fixées… Le même principe
fut appliqué en Syrie et, surtout, au Yémen quand l’extension de la présence
d’Al Qaeda risqua de menacer directement les intérêts pétroliers de Washington.
Voilà pourquoi
la situation actuelle dans le Monde arabe nous rappelle ce qui avait prévalu
dans certaines républiques de l’ex Union soviétique à la veille de l’implosion
de 1990 ; elle nous rappelle, surtout, le rôle joué par l’administration
étasunienne (sous le paravent des Nations unies) en 2006 en Yougoslavie, sous
le prétexte de soutenir les aspirations à l’indépendance des habitants du
Kossovo et du Monténégro. Et, nous ne sommes pas les seuls à le dire… En effet,
il y a de cela trois ans, l’ancien ambassadeur US en Roumanie a, lui aussi,
évoqué les points de ressemblance entre ce qui s’était passé lors des élections
législatives de 1948 en Italie et la préparation des législatives égyptiennes
qui ont amené au pouvoir « Les frères musulmans ».
Cet
ambassadeur disait, dans un article publié par la presse de son pays, que Washington
avait, en 1948, « donné plein pouvoir à la C.I.A. [et nous ajoutons
« avec l’aide précieuse de l’église catholique sous la direction du
cardinal Wojtyla qui devint pape sous le nom de Jean-Paul II] d’aider les
Démocrates chrétiens et les autres partis anti communistes à avoir la
victoire ». Il ajoutait que les résultats de ces élections « ont été
déterminants », puisqu’elles avaient empêché les communistes d’accéder au
pouvoir, malgré le fait qu’ils étaient majoritaires, tout en transformant
l’Italie en « une base essentielles de l’OTAN et, plus tard, de l’Union
européenne ». Enfin, il tirait la leçon suivante : « cela doit
inspirer les Etats-Unis à mener la même politique en Egypte et au Moyen Orient ;
une politique visant à construire des démocraties stables, même s’il y aurait
des reculs et des avancées, à procurer à ces démocraties toute l’aide
matérielle et toutes les garanties de sécurités nécessaires, tout en profitant
des opportunités commerciales que celles-ci peuvent procurer » à Washington.
Ce qui veut dire en clair : aidons l’Egypte d’aujourd’hui comme nous
l’avions déjà fait pour l’Italie, en nous appuyant sur le même principe de
faire bouger les choses à partir de la religion.
Mais, ce que
l’ancien ambassadeur étasunien en Roumanie a oublié, c’est que l’Histoire, si
elle se répète, elle le fait sous la forme d’une farce.
Voilà ce qui
arriva à « la nouvelle génération des Frères musulmans » en Egypte.
Et, voilà ce qui risquera d’arriver à d’autres alliés de Washington dans d’autres
pays arabes, à commencer par l’Irak et jusqu’au petit Liban.
D. Marie NASSIF-DEBS
Article
publié en arabe dans le bimensuel « An Nidaa » - Fin août 2014

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire