Il est Arabe-Israélien (Palestinien de 48, ndlr) et c’est lui qui a
mené la prestigieuse brigade des Golani contre le Hamas. Le colonel
Ghassan Aliane divise la communauté druze à laquelle il appartient et
illustre les tensions exacerbées en Israël par la guerre à Gaza.
Le sanglant conflit entre Israël et le mouvement palestinien Hamas a
attisé des années de crispations entre la majorité juive d’Israël et la
minorité arabe, qui représente environ 20% de la population.
Les évènements des derniers mois, l’assassinat de trois jeunes juifs
(colons réservistes, ndlr), lynchage d’un jeune Palestinien de
Jérusalem-est, puis la guerre ont encore davantage libéré les paroles,
mais aussi les actes de haine.
Jérusalem a été lundi, pour la première fois depuis plus de trois
ans, le théâtre de ce que la police a qualifié d’un attentat
"terroriste" dans lequel un juif orthodoxe a été tué.
Cas emblématique de ces tiraillements : Ghassan Aliane, colonel de la
brigade Golani et de confession druze, une secte ésotérique issue de
l’ismaélisme, courant minoritaire de l’islam chiite.
Avec ses troupes, il a mené l’offensive sur le quartier de Chajayah à
Gaza fin juillet. L’opération s’est soldée par la mort de dizaines de
Palestiniens, dont de nombreux enfants et a suscité l’émotion de la
communauté internationale. Le colonel Aliane y a perdu 13 hommes.
Les 130 000 druzes d’Israël (sur une population d’environ huit
millions), contrairement aux autres Arabes-Israéliens (Palestiniens de
48, ndlr), sont obligés par la loi de servir trois ans sous les
drapeaux. Le colonel Aliane, lui, a décidé de faire carrière dans
l’armée, comme ses deux frères, également officiers. Blessé à Chajayah,
le militaire de 42 ans est d’ailleurs très vite retourné au combat.
Son oncle, Zahi, manifeste, lui, contre la guerre à Gaza. Lui qui se
dit "Palestinien et Arabe" affirme être contre la guerre menée "contre
(son) peuple, (ses) frères". "Je suis très, très en colère depuis que
j’ai appris que Ghassan était à Gaza et en plus à Chajayah", lance ce
quinquagénaire chez lui à Chafa Amr.
Depuis 1956, pour les druzes, qui se plaignent de confiscations de
terre et de refus de permis de construire, refuser de répondre à la
conscription peut valoir jusqu’à trois ans de prison et des
complications pour trouver un emploi et un logement.
Selon l’armée, 10 717 Arabes sont actuellement enrôlés dans l’armée,
la police et les services pénitentiaires israéliens, parmi lesquels
6967 druzes.
"En obligeant les druzes à faire l’armée, Israël porte un coup à
notre société arabe palestinienne, comme il tente de le faire en ce
moment en évoquant le possible enrôlement des Palestiniens de 48
chrétiens pour attiser le confessionalisme", estime Zahi Aliane.
"Ghassan Aliane ne représente que lui-même et absolument pas la
communauté druze quand il participe à l’attaque contre Gaza", accuse
Nakad Nakad, avocat et militant druze qui a lui-même refusé de faire le
service militaire.
Zahar Eddine Saad, 48 ans, a lui aussi refusé de servir sous les
drapeaux israéliens. Lui accuse l’Etat hébreu d’avoir "fait de Ghassan
Aliane un héros national jusqu’à le couper complètement de ses frères
palestiniens".
Pour Zahi Aliane, il ne faut pas être dupe : "Quand il s’agit du
service militaire, nous sommes Israéliens, mais quand il s’agit de
respecter nos droits, nous restons des Arabes", assène-t-il.
Au-delà des druzes, ce sont 1,4 million d’Arabes-Israéliens
(Palestiniens de 48, ndlr) qui sont la cible de violences redoublées.
Chaque jour ou presque, des organisations de défense des droits de
l’Homme dénoncent de nouvelles attaques, notamment par des colons
israéliens, de personnes agressées parce qu’elles parlaient arabe, dont
des druzes portant l’uniforme. Des bus transportant des
Arabes-Israéliens (Palestiniens de 48, ndlr) se rendant à des
manifestations contre la guerre ont été attaqués.
Pour Jaafar Farah, qui dirige le centre Moussawa pour les droits des
Arabes-Israéliens, "la violence contre les Arabes n’est pas nouvelle,
leur discrimination est de toute façon inscrite dans la loi".
Les descendants des 160 000 Palestiniens restés sur leur terre après
la création d’Israël en 1948 dénoncent régulièrement des
discriminations. Mais, dit M. Farah, "les agressions ont augmenté avec
la guerre à Gaza".
(07-08-2014)
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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