Un déploiement inhabituel de forces a eu lieu dans des zones
stratégiques à Bagdad dans la nuit de dimanche à lundi, peu de temps
avant que le Premier ministre n’annonce son intention de déposer une
plainte contre le président, qu’il accuse d’avoir violé la Constitution.
"Il y a une forte présence de membres de la sécurité, de la police et
de l’armée, spécialement autour de la zone verte", un quartier hautement
protégé où sont basées les institutions-clés du pays, a indiqué un haut
responsable de la police à l’AFP.
Ce déploiement a débuté vers 19 h 30 GMT, 90 minutes avant que le
Premier ministre Nouri al-Maliki n’annonce à la télévision d’État qu’il
allait déposer une plainte contre le président Fouad Masoum. Ces mesures
de sécurité "sont très inhabituelles et ressemblent à celles que nous
imposons pour un état d’urgence", a déclaré ce haut responsable de la
police. "De nombreuses rues ont été fermées, ainsi que plusieurs
ponts-clés", a précisé un responsable au ministère de l’Intérieur. "Tout
est lié à la situation politique", a-t-il ajouté.
"Aujourd’hui, je vais déposer une plainte devant la Cour fédérale
contre le président", a annoncé Nouri al-Maliki dans une
déclaration-surprise retransmise à minuit (21 heures GMT) par la
télévision d’État. Il accuse le président d’avoir violé deux fois la
Constitution, notamment en ne confiant pas à un Premier ministre désigné
la mission de former un nouveau gouvernement.
Washington a aussitôt exprimé son soutien au président : "Les
États-Unis soutiennent pleinement le président Fouad Masoum dans son
rôle de garant de la Constitution irakienne", a déclaré la porte-parole
du département d’Etat Mary Harf. "Nous réaffirmons notre soutien à un
processus de sélection d’un Premier ministre qui puisse représenter les
aspirations du peuple irakien en créant un consensus national et en
gouvernant de manière ouverte", a-t-elle indiqué. "Nous rejetons tout
effort visant à aboutir à des résultats à travers la coercition ou la
manipulation du processus constitutionnel ou judiciaire", a-t-elle
averti.
La coalition de Nouri al-Maliki, un chiite, a remporté les
législatives du 30 avril et ce dernier vise un 3e mandat, mais il est
vivement critiqué pour son autoritarisme et son choix de marginaliser la
minorité sunnite. Malgré l’enjeu, le Parlement a reporté dimanche au 19
août une session faute de consensus entre les députés sur le choix du
Premier ministre. Lors d’un déplacement en Irak dimanche, le ministre
français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a appelé à la mise en
place d’un gouvernement d’union : "Il faut que tous les Irakiens se
sentent représentés et puissent ensemble mener la bataille contre le
terrorisme."
Sur le plan militaire, alors que les forces kurdes ont subi ces
derniers jours plusieurs revers face aux insurgés sunnites, menés par
les djihadistes de l’État islamique (EI), elles ont repris la main
dimanche, au troisième jour des frappes aériennes menées par les
États-Unis. "Les peshmergas ont libéré Makhmour et Gwer. (...) Le
soutien aérien américain a aidé", a affirmé un porte-parole des forces
kurdes, Halgord Hekmat.
Makhmour et Gwer, prises il y a quelques jours par des insurgés
sunnites, sont situées au sud-ouest de la capitale du Kurdistan irakien,
Erbil, où Washington a évacué une partie du personnel de son consulat.
Les États-Unis, qui se sont retirés d’Irak il y a près de trois ans, ont
commencé vendredi à mener des frappes contre les positions des
insurgés. Dimanche, les forces américaines ont poursuivi leurs attaques,
affirmant avoir mené "avec succès de multiples frappes aériennes, tant
avec des avions qu’avec des drones, pour défendre les forces kurdes près
d’Erbil".
L’avancée de l’EI a jeté ces derniers jours plus de 200 000 personnes
sur les routes avec notamment la prise de Qaradosh, plus grande ville
chrétienne d’Irak située entre Mossoul et Erbil, et de Sinjar, bastion
des yazidis, une minorité kurdophone non musulmane, à l’ouest de
Mossoul. Nombre de yazidis sont piégés dans les arides montagnes
environnantes, menacés autant par la faim et la soif que par les
djihadistes.
Face à cette situation, les États-Unis ont largué en quatre fois
depuis jeudi soir "plus de 74 000 repas et plus de 56 780 litres d’eau
potable" aux populations en détresse, a indiqué dimanche le Pentagone.
Le Royaume-Uni a également commencé dimanche à larguer de l’aide.
L’Union européenne a dénoncé des "crimes contre l’humanité" dans les
zones où progressent les djihadistes, évoquant des "persécutions et des
violations des droits humains fondamentaux".
Au Vatican, le pape s’est dit "effaré et incrédule" face aux
informations relatant les "violences de tout type" en Irak et a appelé à
"une solution politique efficace au niveau international et local" pour
les stopper.
Les forces kurdes en Irak, en Syrie et en Turquie travaillent
ensemble pour briser le siège autour des monts Sinjar et secourir les
déplacés.
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