Interview de Hajj Abu ‘Imad Rifâ’î, représentant au Liban du
mouvement du Jihad islamique en Palestine sur la chaîne al-Manar, le
4/8/2014
Au moment où la délégation palestinienne préparait les futures
négociations pour un cessez-le-feu et la levée totale du blocus, Hajj
Abu ‘Imad Rifâ’î répondait aux questions de la chaîne al-Manar,
expliquant que « l’acquis le plus important remporté par la résistance
est précisément cette délégation unie au Caire qui a instauré un climat
positif,à cause de la position unique palestinienne attendue depuis
longtemps. L’unité de la délégation fut également un acquis positif
envers l’Egypte puisque le document palestinien (cessation de
l’agression et fin du blocus, libération des prisonniers arrêtés depuis
juin 2014 et les prisonniers détenus avant 1993, ouverture des
terminaux) a été accepté par l’Egypte. Il est vrai que le peuple
palestinien a beaucoup souffert du blocus.
Dans l’attente d’une position unifiée sur la « trêve humanitaire » de
72 heures, le représentant du mouvement du Jihad islamique a expliqué
qu’il n’y avait aucune garantie, puisqu’il n’est pas possible de croire
la parole des Israéliens, mais que la résistance saurait répondre s’il
le faut.
Selon lui, la position égyptienne a changé à cause de trois facteurs,
le premier étant que les Palestiniens ont présenté un document unifié
et que l’Egypte n’avait pas en face de lui le Hamas seulement, l’Egypte a
donc accepté ce document et l’a même adopté. Ensuite la résistance a
réussi à empêcher l’ennemi d’accomplir ses objectifs, il s’est au
contraire noyé dans les sables de Gaza, et puis les massacres inhumains
perpétrés par l’Etat occupant ne peuvent laisser indifférent tout régime
et tout peuple, d’autant plus que l’opinion internationale et des pays
comme ceux de l’Amérique Latine ont fermement dénoncé les pratiques
criminelles de l’entité occupante. Même les intellectuels égyptiens qui,
au début, avaient critiqué la résistance, se sont tus devant l’ampleur
des massacres commis et ont compris que c’est le peuple palestinien qui
était visé et non seulement une partie de la résistance.
Il a considéré que l’occupant essaie d’améliorer ses conditions pour
les négociations, en réclamant le désarmement de la résistance, mais il
n’est absolument pas question de désarmer la résistance, la Palestine
est un pays occupé et la résistance est légitime. L’ennemi essaie de
récupérer par la voie politique ce qu’il a perdu dans le terrain
militaire, il n’a pu accomplir ses objectifs. Il essaie, par ses
conditions, de faire pression sur l’Egypte et les Palestiniens. Mais ses
conditions sont refusées tout net par la résistance. Les Israéliens ont
perdu, ils vivent une crise et ont déjà commencé à faire leurs bilans
et leurs comptes : des voix militaires disent que les soldats ont été
envoyés à Gaza sans équipements adéquats, et qu’ils ne connaissaient
rien aux tunnels, et ces tunnels sont apparus comme étant l’objectif
après la défaite aérienne, où l’avion n’a pu arrêter les tirs des fusées
de la résistance. L’ennemi s’est trouvé dans l’impasse, il ne pouvait
rester et ne pouvait avancer, il a eu d’énormes pertes. Tout ce qu’il a
réussi à faire, c’est massacrer plus de 1800 personnes, dont de nombreux
enfants , blessé plus de 9000 personnes, démoli totalement ou
partiellement 45.000 habitations, détruit partiellement ou totalement 10
hôpitaux, et déplacé un demi-million de Palestiniens. C’est son bilan.
Si l’ennemi pense à un retrait unilatéral, cela est dû à la
résistance, mais nous n’accepterons pas que le blocus soit maintenu. Il
pose des conditions, mais cela ne signifie aucunement que c’est acquis.
La résistance est toujours présente, elle a le droit de s’armer, et nous
avons le droit de résister. Personne ne peut discuter la question des
armes de la résistance.
Le représentant du mouvement du Jihad islamique pense que le temps
des négociations ne sera pas long, d’autant plus que l’ambiance
internationale fait pression en faveur des droits des Palestiniens et
que l’opinion est en train de changer car « Israël » a commis des crimes
et des massacres, il a bombardé des écoles de l’UNRWA, et cela a fait
pencher l’opinion internationale en faveur des droits des Palestiniens.
Concernant le climat régional, Abu ‘Imad Rifa’î a souligné que
l’ennemi sioniste a lancé sa guerre en ayant contracté des alliances
régionales, mais le peuple palestinien, par sa résistance, a fait échec à
cette alliance, qui pensait que l’affaire serait réglée au bout de deux
semaines et que l’agression allait diviser le peuple palestinien. Mais
celle-ci a, au contraire, unifié le peuple palestinien et l’alliance
régionale a échoué.
La victoire de la résistance à Gaza a empêché que l’ennemi sioniste
ait sa place dans la configuration de la carte de la région. L’alliance
régionale qu’il avait concoctée visait à sa participation dans cette
reconfiguration, mais la résistance a arrêté ce processus. Si, par
malheur, la résistance avait échoué, cette participation de l’ennemi
aurait été acquise. Mais la résistance a protégé la région d’un tel
désastre.
Concernant les acquis de la résistance, ils sont nombreux, selon le représentant du mouvement du Jihad islamique :
1 - d’abord, elle a réussi à empêcher l’ennemi d’utiliser et
d’approfondir la division palestinienne. Au contraire, les Palestiniens
sont à présent unis pour leurs droits.
2 – la résistance a fait échec au projet de faire participer « Israël » à la reconfiguration de la carte de la région.
3 – Elle a empêché la liquidation de la résistance, ce qui signifie
qu’elle va empêcher d’imposer de nouveaux reculs et concessions à
l’Autorité palestinienne.
4 – La résistance a remis la question palestinienne au-devant de la
scène, elle a réussi à la remettre en avant, à en faire la boussole. Car
il est important de noter que la question palestinienne est la seule
question vivante qui peut unifier la nation et le monde, autour de
l’injustice subie par le peuple palestinien. De nombreux conflits
existent dans le monde, mais tout le monde s’unifie sur la question,
sacrée, de la Palestine, musulmans et non musulmans. La résistance a
réussi à changer l’opinion internationale, et a modifié l’image de
l’ennemi israélien qui apparaît comme le tueur des enfants.
5 - Israël a perdu son rôle et sa fonction dans la région. Depuis
2000, Israël perd progressivement sa fonction dans la région, en tant
que protecteur des intérêts américains et impérialistes. Il n’a pu les
défendre et a subi des pertes. Et la résistance a surtout empêché qu’il
revienne de nouveau sur la scène, après les reculs enregistrés ces
dernières années. La résistance et le sang des enfants ont empêché le
retour d’Israël dans la région.
Pour Abu ‘Imad Rifa’î, La victoire de Gaza aura des répercussions
positives et négatives pour certains. La résistance a réussi à échapper
aux alignements de la région, en maintenant la boussole à l’extérieur
des axes présents. Il affirme que la résistance a craint, au début, que
le conflit entre les axes ne se répercute sur la question de la
Palestine, et la Palestine aurait été la victime de ces conflits, car
« nous pensons que la Palestine doit être au-dessus des axes et
alignements, elle doit faire l’unanimité. La plupart des organisations
palestiniennes ont réalisé la justesse d’une telle position, nous sommes
parvenus à maintenir cette dimension et empêché que les axes se
reflètent à l’intérieur du mouvement de la résistance. Nous nous sommes
adressés à tous les Arabes pour qu’ils mettent fin à l’agression, et
concernant le document égyptien, nous avons dès le départ jugé qu’il
fallait le modifier. Finalement, cela a été accepté ».
Les répercussions de la défaite israélienne vont se manifester à deux
niveaux, l’immédiat et le stratégique. L’immédiat, c’est la crise au
sein de l’entité, les accusations portées contre les uns et les autres
pour leur faire porter la responsabilité de la défaite. Des commissions
commencent à s’organiser pour juger les responsables. Sur le plan
stratégique, le soutien occidental à l’entité sioniste ne sera plus
aussi absolu. Les Etats-Unis ont certes aidé l’agression, mais
comparativement, moins qu’avant. Il y a et il y aura recul, « Israël »
est en train de perdre sa fonction dans la région, et cela va se faire
ressentir. La résistance a remporté une victoire militaire, qui sera
suivie d’une victoire politique. Mais cette victoire n’est pas
uniquement la victoire des Palestiniens, mais celle de toute la nation.
Avant de terminer, Abu ‘Imad Rifa’î a voulu consacrer une partie de
ses paroles au sujet de ces soldats enrôlés par l’armée sioniste,
soldats considérés citoyens dans les pays occidentaux, Etats-Unis, et
Europe, dont la France. Des milliers de citoyens occidentaux ont
participé à cette guerre, en tant que soldats et officiers. Comme jadis
le soldat Shalit, qui porte la nationalité française, des milliers de
soldats de l’armée d’occupation viennent des pays occidentaux. C’est
pourquoi il considère que les Etats européens et américain doivent juger
et condamner ces citoyens, qui ont participé à des crimes de guerre à
Gaza. Tout comme les pays européens jugent et condamnent des citoyens
musulmans qui rejoignent les groupes armés dans la région, il faut juger
et condamner ceux qui partent en « Israël » et participent aux guerres
menées par l’entité sioniste.
(05-08-2014 - "Baladi")
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