Le Liban, profondément divisé sur la guerre en Syrie, a fait preuve
lundi d’unité peu commune en assurant l’armée de son soutien et rejetant
tout compromis avec des jihadistes qu’elle combat depuis samedi dans la
région d’Aarsal, frontalière de la Syrie.
Au troisième jour d’affrontements qui ont causé 16 morts dans ses
rangs, dont deux officiers, l’armée bombardait les collines surplombant
la localité d’Aarsal, que les jihadistes contrôlent partiellement depuis
ce week-end.
"Il ne peut y avoir de compromis avec les terroristes assassins, avec
ceux qui ont violé le territoire libanais et insulté ses habitants", a
affirmé à la presse le Premier ministre Tamam Salam, à l’issue d’une
réunion extraordinaire du gouvernement.
Il a assuré aussi qu’il avait "demandé aux autorités françaises
d’accélérer la livraison des armes déjà approuvée dans le cadre de
l’accord d’armements financé par l’Arabie saoudite".
Fin décembre, Ryad s’était engagé à octroyer trois milliards de
dollars à l’armée libanaise afin que celle-ci, faiblement équipée, se
procure des armes françaises.
Les combats à Aarsal ont éclaté après l’arrestation d’Imad Ahmad
Jomaa, un chef du Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, selon une
source militaire.
Des dizaines de jihadistes sunnites ont été tués depuis samedi dans
les combats tandis que 13 soldats et 20 policiers sont portés disparus,
vraisemblablement aux mains des assaillants, et 86 militaires ont été
blessés, selon l’armée et une source de sécurité.
"Il n’y a pas de solutions politiques avec les takfiris (extrémistes
sunnites) qui sèment le chaos (...) en usant de slogans religieux
obscurantistes et veulent transférer leurs pratiques écoeurantes au
Liban", a insisté le chef du gouvernement, un sunnite.
M. Salam a assuré l’armée du "soutien total et de la confiance
complète du gouvernement (...) dans sa mission sacrée". Toutes les
confessions sont représentées au sein du gouvernement et de l’armée et
cette dernière a besoin d’un soutien unanime de l’exécutif pour opérer.
Il s’agit d’une rare unanimité dans ce pays profondément divisé face
au conflit syrien, entre partisans sunnites de la rébellion syrienne et
la milice chiite du Hezbollah qui se bat aux côtés du régime de Damas.
Lundi, des tirs d’armes automatiques étaient entendus dans la région
d’Aarsal et un journaliste de l’AFP a vu arriver des centaines de
soldats sur des blindés et des camions.
"L’armée a fini de renforcer ses positions avancées et à leur fournir
les approvisionnements nécessaires. Ses unités sont en train de chasser
les groupes armés qui visent les militaires et les civils à Aarsal",
indique un communiqué militaire.
Selon un journaliste de l’AFP, quelques centaines d’habitants,
surtout des femmes et des enfants, ont quitté lundi matin Aarsal à bord
de pick-up et de voitures.
La ville, qui comptait 40 000 habitants avant le début du conflit en
Syrie, en abrite aujourd’hui 100 000 avec l’arrivée massive de réfugiés
fuyant la guerre de l’autre côté de la frontière.
"Nous n’avons pas dormi de la nuit à cause des combats. Nous sommes
les derniers à avoir pu quitter la ville car les hommes armés nous
empêchent de partir. Ils ont tiré au dessus de nos têtes", a affirmé à
l’AFP Ahmad Houjairy, 55 ans, à bord d’un pick-up transportant une
quinzaine de ses enfants et ceux de son frère, âgés de 1 à 17 ans.
"Les hommes armés appartiennent à différentes nationalités et sont
très bien organisés. Habillés en noir, ils effectuent des patrouilles
dans la localité", a-t-il ajouté.
Un responsable de l’ONU, refusant d’être identifié, a indiqué à l’AFP
que plusieurs tentes avaient pris feu à cause des bombardements et les
réfugies syriens s’étaient abrités dans des édifices voisins, dont des
mosquées.
Le Liban, qui compte quatre millions d’habitants, accueille plus d’un million de réfugiés syriens.
Pour Emile Hokayem, expert auprès de l’Institut international
d’Études stratégiques de Londres, "les Libanais ne doivent pas être
surpris du retour de bâton après avoir envoyé des combattants pro et
anti Assad en Syrie", dit-il.
Damas a exprimé lundi son soutien à l’armée libanaise. "La Syrie
affirme son soutien et sa solidarité avec l’armée libanaise pour faire
face aux groupes terroristes et les anéantir", a indiqué un responsable
du ministère syrien des Affaires étrangères, cité par l’agence SANA.
(04-08-2014)
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire