Il avait fui la guerre en Syrie pour trouver refuge sur la terre que
ses parents avaient quittée en 1967 avec des files de Palestiniens.
Abdallah a été emporté par une bombe israélienne pendant la guerre à
Gaza.
"Son destin était de mourir ici", soupire son père Hamed Abou Chabab.
C’était le 30 juillet, au lendemain d’une nouvelle journée de pilonnage
israélien qui s’est soldée par la mort de dizaines de Palestiniens dans
la banlieue de Chajaya, à l’est de la ville de Gaza, un carnage qui a
suscité l’émoi de la communauté internationale.
Ce jour-là, Abdallah "était en train d’évacuer des blessés du
massacre de Chajaya quand les bombardements qui s’étaient arrêtés ont
repris. Il est mort" à 21 ans sous les bombes auxquelles il avait
échappé dans son deuxième pays, la Syrie, en proie depuis trois ans et
demi à un conflit qui a fait plus de 170.000 victimes.
"J’avais de grands espoirs pour lui, il devait obtenir son diplôme
d’université dans un mois", dit son père défait, "mais il est mort avant
d’avoir pu réaliser ça".
Le cauchemar des Abou Chabab ne s’est pas arrêté là. Leur maison a
été détruite. Hamed et ses trois fils dorment désormais au pied des
gravats, sa femme et leurs quatre filles s’abritent chez des proches.
Au total, 260 familles fuyant la guerre en Syrie vivent désormais à
Gaza, indique Atef al-Imaoui, qui préside une association d’aide aux
réfugiés palestiniens venus de Syrie.
La Syrie a accueilli une partie des centaines de milliers de
Palestiniens poussés à l’exode en 1967 par la guerre des Six-jours et la
prise par l’armée israélienne de la bande de Gaza, de la Cisjordanie et
de Jérusalem-est, en même temps que du Sinaï et du Golan.
Quelque 530 000 réfugiés palestiniens y sont enregistrés à l’Agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA).
A nouveau rattrapés par la guerre, 70% à 80% d’entre eux ont fui
leurs maisons, et 12% à 15% quitté le pays pour les pays voisins.
Sous la présidence de l’islamiste Mohamed Morsi, grand allié
(aujourd’hui renversé) du Hamas qui contrôle la bande de Gaza, l’Egypte
avait ouvert le point de passage de Rafah aux réfugiés palestiniens de
Syrie, explique Atef al-Imaoui. Ils pouvaient ainsi gagner l’Egypte par
avion, faute de pouvoir transiter par Israël, puis passaient à Gaza par
Rafah.
A l’époque, le Hamas s’était même engagé à verser tous les mois 800
shekels israéliens, soit 170 euros, à chaque famille dont le chef était
au chômage.
Mais depuis cinq mois le Hamas, isolé par le changement politique au
Caire et étranglé économiquement, n’a rien donné aux réfugiés de Syrie,
affirment plusieurs d’entre eux.
Atef lui-même a laissé derrière lui sa maison et son usine textile
dans l’immense camp syrien de Yarmouk ravagé par les combats et les
raids aériens à Damas. Fin 2012, il est arrivé à Gaza où il a loué une
maison. Quand elle a été détruite en juillet, il a été accueilli avec sa
femme et ses enfants par son ami Farid Youssef. Farid, lui aussi, est
venu de Syrie. Ses parents avaient été chassés de Haïfa à la création de
l’Etat d’Israël en 1948.
"On commençait tout juste à se faire à la vie à Gaza. On était en
train de se reconstruire une nouvelle vie. Maintenant tous nos espoirs
sont enterrés, nous n’avons même plus d’abri", raconte Atef, en
contemplant sa terre natale qu’il a retrouvée, après 40 ans d’exil,
ravagée par la guerre.
Effrayé par les bombardements, Farid, lui, a essayé à plusieurs
reprises de retourner en Syrie depuis le début de la guerre à Gaza. A
chaque fois, le passage lui a été refusé : en Egypte, où l’armée a
destitué Morsi et le Hamas a été interdit, il ne fait plus bon venir de
Gaza.
Pour cet ancien commercial dans une compagnie pharmaceutique le pire
c’est le blocus imposé depuis 2006 par Israël à l’enclave palestinienne.
"C’est la pire expérience de ma vie, je n’arrive pas à supporter l’idée
que je suis prisonnier", explique-t-il avant d’être interrompu par sa
femme, Souad. "De toute façon, la mort ici ou la mort en Syrie, quelle
différence ?"
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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