Le Premier ministre irakien sortant Nouri al-Maliki a annoncé jeudi
qu’il abandonnait le pouvoir trois jours après la désignation de son
successeur, alors que le pays ne parvient toujours pas à contenir
l’offensive jihadiste.
Dans le même temps, le président Barack Obama a affirmé que les
frappes aériennes américaines contre les jihadistes de l’Etat islamique
(EI) avaient brisé le siège des monts Sinjar, dans le nord du pays, où
étaient piégés des milliers de réfugiés yazidis chassés par les
insurgés.
La communauté internationale a intensifié ses efforts pour fournir de
l’aide humanitaire aux personnes déplacées par l’offensive de l’EI,
ainsi que des armes et du matériel aux forces kurdes qui luttent contre
eux.
A Bruxelles doit d’ailleurs se tenir vendredi une réunion des
ministres européens des Affaires étrangères pour trouver un accord
politique sur les livraisons d’armes aux Kurdes irakien.
La position britannique sur ce sujet a déjà évolué : jeudi soir, un
porte-parole du bureau du Premier ministre David Cameron a indiqué que
Londres envisagerait "favorablement" la possibilité d’armer les forces
kurdes si la demande lui en était faite.
Sur le plan politique, au terme de mois de crise et des critiques de
plus en plus virulentes contre lui, Maliki a décidé de jeter
l’éponge, après avoir passé huit années au pouvoir et tout fait pour y
rester.
"J’annonce devant vous aujourd’hui (...) le retrait de ma candidature
au profit du frère Haïdar al-Abadi", a déclaré Maliki, dans une
allocution retransmise à la télévision où il est apparu aux côtés de son
successeur désigné, dont il avait vivement dénoncé la nomination.
Le président irakien Fouad Massoum avait chargé lundi Abadi, un
membre du parti Dawa de Maliki, de former un nouveau gouvernement.
Mais Maliki, qui ne cachait pas sa volonté de briguer un troisième
mandat, avait qualifié cette décision de violation de la Constitution.
Les nombreux détracteurs de M. Maliki, un chiite de 63 ans, imputent
le chaos dans le pays, et notamment la montée en force des jihadistes, à
sa politique d’exclusion des sunnites et à son autoritarisme.
Sa décision d’abandonner le pouvoir a été qualifié de "grand pas en
avant" par Susan Rice, conseillère à la sécurité nationale du président
Barack Obama, tandis que le représentant spécial de l’ONU à Bagdad,
Nickolay Mladenov, a évoqué un "pas historique" pour l’Irak.
A charge désormais pour Abadi, qui a obtenu un soutien
international massif, de former un gouvernement d’union qui aura la
lourde tâche de sortir le pays de sa plus grave crise depuis des années.
Des centaines de milliers de personnes ont été jetées sur les routes
par l’offensive fulgurante lancée le 9 juin par l’EI, qui s’est emparé
de pans entiers du territoire au nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad.
Depuis une dizaine de jours, les jihadistes ont avancé vers le
Kurdistan autonome chassant des dizaines de milliers de membres des
minorités chrétienne et yazidie (minorité kurdophone et non musulmane)
de leurs villes, à Sinjar et Qaraqosh notamment, tombées aux mains de
l’EI. Les forces kurdes dépassées tentent de les freiner.
Le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés avait estimé il y a
quelques jours à plusieurs dizaines de milliers le nombre de personnes,
en majorité des Yazidis, prises au piège sans vivres et sans eau dans
les monts Sinjar, après avoir été chassées par les jihadistes.
"Nous avons brisé le siège de l’EI dans les monts Sinjar et avons
sauvé beaucoup de vies innocentes", a déclaré Obama, tout en
précisant que l’armée américaine allait poursuivre ses frappes aériennes
contre les jihadistes dans le nord, débutées le 8 août.
Des drones et des chasseurs de l’armée américaine ont ainsi détruit
jeudi deux véhicules armés et un véhicule blindé de l’Etat islamique,
selon le commandement militaire américain.
Selon le Pentagone, il restait jeudi entre 4000 et 5000 Yazidis
dans les monts Sinjar, plusieurs milliers d’entre eux ayant réussi à
quitter la montagne ces derniers jours.
A Dohuk, au Kurdistan autonome où nombre d’entre eux ont trouvé
refuge après avoir fui via la Syrie, les déplacés très affaiblis ont
témoigné de l’horreur survenue dans leurs villages avec l’arrivée des
jihadistes, qui ont pourchassé les Yazidis dans les rues, abattant des
jeunes hommes et enlevant les femmes.
La communauté internationale s’est mobilisée pour aider les déplacés au Kurdistan.
L’Allemagne va envoyer vendredi quatre avions de transport militaires
Transall chargés d’aide humanitaire, dont du matériel médical.
L’aide humanitaire de la France au Kurdistan va être "amplifiée", a
également promis le président François Hollande lors d’un entretien
téléphonique avec M. Massoum, à qui il a confirmé "la livraison
imminente" d’équipements militaires.
Enfin, le Conseil de sécurité de l’ONU doit voter vendredi des
mesures visant à couper les vivres des jihadistes en Irak et en Syrie.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire