Le Conseil de sécurité de l’ONU a exprimé jeudi son soutien au
gouvernement irakien face à l’avancée de l’État islamique et a réclamé
une aide humanitaire urgente pour des milliers de Yazidis et de
chrétiens qui fuient devant ces djihadistes. Dans une déclaration
unanime, les quinze pays membres du Conseil "invitent la communauté
internationale à soutenir le gouvernement et le peuple d’Irak et à faire
tout ce qui est possible pour aider à soulager les souffrances de la
population". Ils se déclarent "scandalisés" par le sort des centaines de
milliers de civils issus de minorités chassés par les djihadistes dans
le nord de l’Irak et qui ont besoin "d’aide humanitaire urgente".
Ils soulignent que les persécutions contre ces minorités "peuvent
constituer des crimes contre l’humanité" et exhortent "toutes les
parties (...) à faciliter la livraison de l’aide humanitaire". "Toutes
les parties, y compris l’État islamique et les groupes armés qui y sont
liés, doivent respecter les lois humanitaires internationales, dont
l’obligation de protéger les civils", ajoute la déclaration.
Des responsables religieux, dont le patriarche chaldéen et le pape
François, avaient lancé un cri d’alarme jeudi, demandant à la communauté
internationale de protéger ces civils victimes de persécutions. La
réunion du Conseil avait été demandée par la France. Celle-ci envisage
de soutenir les forces, notamment kurdes, luttant contre les
djihadistes. Le président américain Barack Obama a annoncé qu’il avait
autorisé "des frappes aériennes ciblées si nécessaire pour aider les
forces irakiennes qui se battent pour (...) protéger les civils qui sont
coincés".
L’ambassadeur irakien à l’ONU Mohammed Ali al-Hakim a cependant
démenti que des frappes aériennes aient déjà été menées contre les
djihadistes. Un porte-parole de la force kurde des peshmergas avait
affirmé que des avions de chasse américains avaient bombardé des cibles
de l’État islamique dans deux zones du nord de l’Irak, une annonce
démentie par le Pentagone.
Depuis Kirkouk (nord de l’Irak), le patriarche chaldéen Louis Sako a
mis en garde jeudi contre un "désastre humanitaire", avançant le chiffre
de 100 000 chrétiens poussés sur les routes après la chute de Qaraqosh,
la plus grande ville chrétienne du pays, aux mains de l’État islamique.
Début juin, la prise par l’EI de Mossoul (Nord), deuxième ville du
pays, avait déjà suscité l’inquiétude de la communauté internationale.
Quelque 500 000 civils avaient alors fui les combats.
Face à cette menace des djihadistes "pour toute la région",
Washington avait souhaité une "réponse forte". L’Iran chiite avait même
offert sa coopération à l’ennemi américain pour lutter contre
l’insurrection des combattants sunnites de l’EI. La prise dimanche de
Sinjar (nord de l’Irak) par l’EI avait déjà débouché mardi sur une
simple déclaration du Conseil de sécurité condamnant les persécutions
des minorités et affirmant que l’EI représente désormais "une menace
pour la paix, la sécurité et la stabilité régionales".
"Après la chute de Mossoul, on a cru déceler un frémissement du côté
des États-Unis, de l’Iran, mais un mois après, les djihadistes
continuent d’avancer", observe Jean-Charles Brisard, consultant
international, spécialiste du terrorisme. Selon lui, c’est la "passivité
internationale", voire "l’indécision" des pays occidentaux qui ont
facilité l’avancée de ces combattants en Irak, très structurés
militairement. Les États-Unis qui s’étaient dit prêts à renvoyer des
conseillers militaires après avoir retiré tous leurs soldats en 2011,
hésitent à apporter un soutien massif au régime irakien qu’ils
critiquent et qui est dirigé par Nouri al-Maliki, un chiite proche par
ailleurs du Syrien Bachar el-Assad.
M. Brisard critique également la France qui fait selon lui du
"cosmétique" en facilitant l’accueil de chrétiens persécutés d’Irak en
France. De nombreuses voix en France, au sein de la classe politique,
des autorités religieuses et des défenseurs des droits de l’homme, se
sont élevées ces derniers jours pour exhorter les autorités à agir en
faveur des chrétiens d’Orient.
(08-08-2014)
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire