lundi 29 juillet 2013

Tunisie : L’opposition parle de nommer un gouvernement de salut

L’opposition laïque tunisienne, indignée par l’assassinat de deux hommes politiques de ses rangs depuis février, a déclaré dimanche qu’elle envisageait la mise sur pied d’un "gouvernement de salut" alternatif, défiant le cabinet actuel, dominé par les islamistes d’Ennahda.
"Nous allons nous réunir ce soir pour évoquer la création d’un nouveau gouvernement de salut, et nous envisagerons de nommer un Premier ministre destiné à remplacer ce gouvernement, qui a échoué", a déclaré Djilani Hammami, l’un des dirigeants de la coalition du Front du salut, par ailleurs à la tête du Parti des travailleurs.
"Il ne fait plus aucun doute qu’il (le gouvernement en place) a fait son temps et aurait dû s’incliner", a-t-il ajouté.
Si l’opposition s’accordait sur un tel gouvernement alternatif, cela marquerait une escalade de la part du camp laïque, qui estime n’avoir aucun intérêt à une quelconque réconciliation avec Ennahda.
Jeudi dernier, une personnalité de l’opposition de gauche laïque, Mohamed Brahmi, a été assassiné, six mois environ après un autre opposant du même bord, Chokri Belaïd, tué devant chez lui début février.
L’opposition impute l’assassinat de Brahmi à Ennahda et des manifestations de colère ont éclaté dans la capitale Tunis ainsi que dans des villes de province.
Le porte-parole de l’Assemblée nationale constituante, chargée de rédiger une nouvelle Constitution, avait dit pourtant samedi que le gouvernement envisageait un nouvel accord de partage du pouvoir avec ses alliés laïques. "La tendance est d’aller vers un élargissement de la base du pouvoir", avait déclaré Mofdi Mseddi sur les ondes de la radio Shems FM.
En vertu d’un accord de partage du pouvoir conclu en novembre 2011, dix mois après la chute du président Zine Ben Ali, les islamistes d’Ennahda tiennent le gouvernement et deux partis de centre-gauche, le Congrès pour la République et Ettakatol, occupent respectivement la présidence et la présidence de l’Assemblée constituante.
L’assassinat de Chokri Belaïd en février avait débouché sur la démission du gouvernement d’Hamadi Jebali et la formation de l’actuel gouvernement dirigé par Ali Larayedh.
Le président du parlement, Moustafa Ben Jaafar, a appelé les députés qui se sont retirés de l’assemblée constituante à revenir sur leur décision.
"Il n’est pas rationnel de jeter l’éponge à quelques mètres de la ligne d’arrivée", a-t-il dit dans une allocution télévisée.
A la date de dimanche, le nombre de parlementaires qui ont claqué la porte de l’assemblée constituante était de 70, sur un total de 217 sièges, selon une personnalité de l’opposition, Khamis Ksila.
Ils comptent observer un sit-in sur la place devant le parlement, bien que la police les en ait délogés samedi soir.
"Il s’agit d’un sit-in ouvert et nous ne partirons pas tant que nos revendications n’auront pas été satisfaites. Nous tiendrons le gouvernement pour responsable de toute agression nous visant, tout comme du sang répandu", a ajouté Ksila.
Le sit-in a débuté à cet endroit samedi, après les obsèques de Mohamed Brahmi, qui ont attiré des milliers de personnes.
Dimanche, des manifestants pro- et anti-gouvernementaux, agitant des drapeaux rouges tunisiens, se sont rassemblés à des bords opposés de la place, que gardaient plusieurs dizaines d’agents des services de sécurité en uniforme noir.
On ne signalait aucun acte de violence, mais le ministère de l’Intérieur a demandé à l’un des deux groupes de s’éloigner d’un secteur afin d’éviter tout débordement.
Plusieurs centaines de sympathisants de l’opposition ont entonné l’hymne national et ont crié "Dégagez !" à leurs adversaires. Une foule plus réduite, de quelques dizaines de partisans d’Ennahda, a riposté en scandant : "Respecter la légitimité du gouvernement est un devoir !"

(28-07-2013 )

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