Les forces irakiennes sont entrées dans Tikrit mercredi, espérant enfin
enregistrer une grande victoire contre le groupe Etat islamique (EI),
qui tente d'allumer de nouveaux feux en Irak et en Syrie voisine.
Lancée il y a 10 jours, l'offensive des forces gouvernementales
irakiennes pour reprendre Tikrit, tombée dès juin aux mains des
jihadistes, a pris un tour nouveau avec la percée des rangs jihadistes
par le nord de la ville.
Des soldats, des policiers et des membres des Unités de mobilisation
populaire, une force para-militaire principalement composée de miliciens
chiites, ont repris le contrôle d'une bonne partie du quartier
Qadisiyah, mais la suite s'annonce délicate, a d'ores et déjà prévenu un
haut gradé sous le couvert de l'anonymat.
"Nous n'avons pas face à nous des combattants au sol mais un terrain
piégé et des snipers", a-t-il ajouté, une technique rodée des jihadistes
étant de truffer de bombes et autres engins explosifs les villes qu'ils
s'apprêtent à quitter. La ville stratégique d'al-Alam, au nord de
Tikrit, était mercredi complètement sous contrôle gouvernemental, a
constaté un journaliste de l'AFP.
Des
dizaines de milliers d'hommes participent à la bataille de Tikrit, face
à quelques centaines de jihadistes, selon plusieurs sources.
Les forces irakiennes n'ont pas été aidées directement dans cette
bataille par la coalition antijihadistes mise sur pied par les
Etats-Unis, qui mène des raids aériens depuis août en Irak, depuis
septembre en Syrie.
Les Etats-Unis se sont dit "préoccupés" par la présence de conseillers
militaires iraniens aux côtés des forces irakiennes dans l'offensive de
Tikrit. C'est "quelque chose que nous suivons de très près", a déclaré
le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter, ajoutant que "le
danger de luttes inter-confessionnelles en Irak", entre sunnites et
chiites, était "le principal facteur" pouvant "défaire la campagne
contre l'EI".
Au même moment, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, les
jihadistes ont lancé une attaque spectaculaire, coordonnée, dans Ramadi,
le chef-lieu de la province d'Al-Anbar où ils sont entrés il y a plus
d'un an, bien avant leur fulgurante percée de juin 2014.
Douze voitures piégées ont explosé au même moment, mercredi matin, aux
quatre coins de la ville. Au moins sept d'entre elles étaient conduites
par des kamikazes et visaient les forces de sécurité, selon la police.
Au
moins 17 personnes sont mortes et près de 40 ont été blessées, selon un
responsable de police et un docteur de l'hôpital de Ramadi. Un Belge,
un Syrien et un jihadiste originaire du Caucase faisaient partie des
kamikazes, selon des informations diffusées par des comptes pro-EI sur
les réseaux sociaux.
Un adolescent australien se serait également fait exploser à Ramadi. Le
gouvernement australien "cherche à vérifier de façon indépendante des
informations selon lesquelles un adolescent de 18 ans originaire de
Melbourne, Jake Bilardi, a été tué dans une attaque suicide au
Moyen-Orient", a déclaré la chef de la diplomatie australienne Julia
Bishop.
Al-Anbar est une vaste province largement désertique mais stratégique
pour l'EI car frontalière de la Syrie et peuplée en majorité de
sunnites, dont beaucoup s'estiment marginalisés par le pouvoir irakien
dominé par les chiites depuis la chute de Saddam Hussein en 2003.
Dans et autour de la capitale, au moins 17 personnes ont été tuées dans
cinq attaques, dont neuf dans un attentat à la voiture piégée dans le
quartier de Hurriya à Bagdad.
De l'autre côté de la frontière, en Syrie, l'EI a lancé une offensive
majeure mercredi pour tenter de conquérir la ville kurde de Ras al-Ain
(nord), frontalière de la Turquie, a indiqué l'Observatoire syrien des
droits de l'Homme (OSDH).
Ras
al-Ain, située dans la province de Hassaké et qui comptait environ
50 000 habitants avant la guerre, est contrôlée par la principale milice
kurde de Syrie, les YPG. Les combats ont fait des dizaines de morts
dans les deux camps, selon l'OSDH.
La ville est située à une trentaine de km de Tall Tamer, que les
jihadistes veulent prendre pour s'ouvrir un corridor reliant la province
d'Alep (nord) à la frontière irakienne et à Mossoul.
Le nord-est de la Syrie est stratégique pour les jihadistes, offrant un
passage vers la Turquie mais surtout vers l'Irak. L'EI a déclaré en juin
un "califat" à cheval entre la Syrie et l'Irak.
La coalition internationale s'est ainsi félicitée mardi d'avoir coupé des routes utilisées par l'EI entre ces deux pays.
Estimant que l'heure était "cruciale", le secrétaire d'Etat américain
John Kerry a demandé aux parlementaires d'accorder au président Barack
Obama l'autorisation d'utiliser la force contre l'EI.
Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a déclaré que les
Etats-Unis étaient en train de "discuter" de leur éventuel soutien
militaire aux rebelles syriens modérés qu'ils vont entraîner et équiper
pour se battre contre l'EI, dans le cas où ceux-ci affronteraient les
forces de Bashar al-Assad.
Jeudi,
dans un rapport intitulé "Echec coupable en Syrie", 21 ONG ont critiqué
l'incapacité des Etats à faire appliquer une série de résolutions du
Conseil de sécurité de l'ONU visant à protéger les civils.
2014 a été l'année la plus sanglante du conflit avec au moins 76 000 morts sur plus de 210 000 depuis le 15 mars 2011.
(12-03-2015)
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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